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La disponibilité

Pour les auditeurs du lycée du soir, la disponibilité nécessaire excède les quatre heures quotidiennes de cours. La plupart se pressent depuis leur lieu de travail. Ils doivent se libérer dès dix-sept heures ou dix-sept heures trente, selon le lieu d'où ils viennent. Après vingt-deux heures, pour regagner leur domicile parfois éloigné, il leur faut souvent une heure, ou davantage.

Quatre heures de présence au lycée, ce n'est pas une parenthèse facile à caser en fin de journée. D'autant plus qu'une fois rentré chez soi, un moment est nécessaire pour se restaurer et se détendre. Après deux cours de deux heures, un devoir sur table, un exposé, une interrogation ou un débat, l'esprit est animé, voire agité.

Cinq soirées par semaine donc, plus le samedi matin en première et terminale et ce, pendant plusieurs années.

« Dix-huit heures. Paris, quatorzième arrondissement. Dans la rue d'Alésia, le bus passe à faible allure, ralenti par la circulation des automobiles qui défilent, dans un sens vers la porte de Vanves, dans l'autre vers le carrefour d'Alésia. C'est l'heure où chacun se presse de rentrer chez soi. Pourtant, ici, d'autres entament une deuxième journée.

Les voilà qui arrivent, par l'autobus, en métro par la ligne 4 ou la ligne 13, à vélo, à moto, rarement en voiture, exceptionnellement en skateboard, en tout cas, ils viennent. À cette heure de couvre-feu effréné, le lycée d'adultes, chaque soir, ouvre ses salles de classe aux adultes à ceux qui se sont mis en tête de revenir à l'école pour décrocher le baccalauréat.

À partir de dix-sept heures quarante-cinq, les auditeurs arrivent par grappes puis, jusqu'à dix-neuf heures quelquefois, l'un suit l'autre, le pas léger, ou empressé, l'air détendu, ou le sourcil froncé. La plupart ont des horaires de travail imposés qui se prolongent, si le service ou le patron l'exige. Tous, évidemment, subissent, à l'heure des embouteillages, la cohue des transports en commun qui peut rendre fou n'importe quel Parisien, même le plus aguerri. Pas toujours facile d'arriver à l'heure quand on a peu d'emprise sur les choses.

Peu avant 18 heures, chaque soir, dans la lumière déclinante, la cour s'anime de pas rapides jusqu'aux toilettes, les craquements des escaliers de bois signalent les enjambées, les gobelets s'amoncellent dans les poubelles près des distributeurs.

Dans les couloirs, des bises s'échangent, des mains se serrent, des poings jouent l'un avec l'autre. Les voix résonnent et s'interpellent :

- Hé, mais tu es en avance ce soir !

- C'est depuis que j'ai mis des ailes sur mon scooter. Par contre, y en a beaucoup qui vont être en retard, il paraît que la 13 est bloquée. Pourvu qu'elle recommence à fonctionner ce soir, sinon, il va falloir installer des lits de camp, espérons que la proviseure a des réserves. »

Extrait du livre Je croyais que l'école ne voulait pas de moi< de F. Noël


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